DÉPUTÉS ET ACTEURS POLITIQUES : LE SÉNAT A DÉSORMAIS UN ŒIL SUR VOUS

Le nouveau règlement intérieur du Sénat béninois renforce considérablement les pouvoirs de la Haute Assemblée en matière de régulation de la vie politique. À travers ses articles 49, 50 et 80 à 83, députés, responsables de partis et autres acteurs politiques peuvent désormais faire l’objet de procédures et de sanctions pour des actes ou propos jugés contraires à la paix, à la démocratie, à la stabilité politique ou aux intérêts fondamentaux de la Nation.L’article 49 concerne particulièrement les députés. Lorsqu’un parlementaire est mis en cause, le Sénat peut ouvrir une procédure et en informer l’Assemblée Nationale. L’article 50 prévoit des sanctions lourdes : suspension des droits politiques avec interdiction d’accès aux travaux parlementaires, ou retrait des droits politiques pouvant entraîner la déchéance de la qualité de député.Mais le dispositif va au-delà des parlementaires. L’article 80 permet au Sénat de sanctionner une large catégorie d’« acteurs politiques », tandis que l’article 81 en donne une définition étendue, incluant notamment des responsables de partis, de mouvements politiques et certaines organisations agissant à des fins politiques.Plus sensible encore, l’article 82 autorise le Sénat à être saisi par le Président de la République, un acteur politique, tout citoyen ou une organisation légalement constituée. La Haute Assemblée peut également s’autosaisir.Certes, l’article 83 prévoit des garanties de défense : notification des faits reprochés, instruction, audition de la personne mise en cause et possibilité de se faire assister par un avocat. Mais compte tenu de la gravité des sanctions, la question de l’interprétation et de l’application de ces dispositions demeure centrale.Le dispositif peut ainsi être perçu comme une véritable épée de Damoclès au-dessus de la classe politique. Tout l’enjeu sera de savoir si ce pouvoir servira à renforcer la discipline démocratique et la stabilité du pays ou s’il risque, dans certaines circonstances, de peser sur la liberté de critique et le pluralisme politique.Une chose est désormais certaine : députés et acteurs politiques savent qu’un regard institutionnel supplémentaire est posé sur leurs actes et leurs propos. Le Sénat a désormais un œil sur vous.
Christophe AGON




