Société

AGRICULTURE : LE GOUVERNEMENT FRANCHIT UN NOUVEAU CAP AVEC LA PROTECTION SOCIALE DES PRODUCTEURS

Le Conseil des ministres du 2 septembre 2026 marque une évolution importante dans la politique agricole béninoise avec l’autorisation de la mise en œuvre de la phase pilote du Programme de Productivité agricole et de Protection sociale des Agriculteurs. Pour la première fois dans cette nouvelle approche, la question agricole est traitée simultanément sous trois angles : produire davantage, sécuriser les revenus et protéger socialement les producteurs. Une orientation qui pourrait progressivement changer la place de l’agriculteur dans les politiques publiques.La phase pilote sera consacrée aux producteurs de maïs et concernera 2.000 exploitants disposant chacun, en moyenne, de 1,5 hectare, soit environ 3.000 hectares. Le choix du maïs n’est pas anodin : il s’agit d’une production vivrière importante pour la consommation nationale et pour les revenus d’une grande partie du monde rural. Le dispositif prévoit un paquet intégré comprenant notamment des semences hybrides à haut rendement, des engrais, des produits phytosanitaires et des amendements de sols. Ces appuis seront accompagnés de services de mécanisation, d’un conseil agricole renforcé et d’un suivi numérique des exploitations.Mais l’originalité du programme se situe surtout dans la volonté de ne plus considérer la productivité comme une fin en soi. Le Gouvernement entend également sécuriser les revenus des producteurs grâce au Mécanisme national d’agrégation et de régulation des productions vivrières. L’objectif est de faciliter l’écoulement des récoltes et de permettre aux agriculteurs de mieux valoriser les gains obtenus grâce à l’amélioration de leur productivité. Cette dimension est essentielle, car augmenter les rendements sans garantir de débouchés rémunérateurs ne suffit pas à transformer durablement les conditions de vie des producteurs.Le volet protection sociale constitue sans doute la mesure la plus novatrice. Le programme prévoit une assurance maladie pouvant couvrir jusqu’à six personnes par ménage, soit deux adultes et quatre enfants. Il prévoit également un mécanisme de retraite et/ou de dépôt à terme. La prime annuelle individuelle d’assurance maladie sera avancée par le programme avant d’être remboursée à partir d’une fraction de la production. Ainsi, le producteur entre progressivement dans un système où son activité agricole peut contribuer non seulement à son revenu, mais aussi à la couverture sociale de sa famille.La digitalisation vient renforcer cette architecture. Une plateforme permettra l’identification et la géolocalisation des producteurs et des parcelles ainsi que le suivi des opérations culturales, des intrants et des rendements. Cette traçabilité devrait favoriser une meilleure connaissance des bénéficiaires et une gestion plus rigoureuse des interventions publiques.Le Gouvernement fait donc le pari d’une agriculture plus productive, mieux organisée et davantage protectrice. La phase pilote permettra de mesurer l’efficacité réelle du modèle avant son éventuelle extension à d’autres filières et zones agroécologiques. Si les résultats sont concluants, le programme pourrait constituer une étape importante dans la transformation du monde agricole béninois. Le véritable changement serait alors de faire progressivement passer l’agriculteur du statut de simple bénéficiaire d’appuis ponctuels à celui d’acteur économique bénéficiant d’un véritable filet de sécurité sociale.

Christophe AGON

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