Politique

PROFESSEUR VICTOR PRUDENT TOPANOU : UN INTELLECTUEL SOUVENT INCOMPRIS, MAIS UN FILS DU PAYS QUI ASSUME SES CONVICTIONS

Le Professeur Victor Prudent Topanou est sans doute l’une de ces personnalités publiques béninoises qui ne laissent pas indifférent. Universitaire, analyste politique et observateur attentif de la vie publique, il a cette particularité de dire ce qu’il pense, parfois avec une franchise qui peut déranger, mais qui participe aussi à la richesse du débat démocratique.On peut ne pas être d’accord avec lui. On peut même contester certaines de ses analyses. Mais vouloir systématiquement présenter Victor Prudent Topanou comme un adversaire du pouvoir ou comme un opposant au régime serait, à notre sens, une lecture trop simpliste de son parcours et de ses prises de position.

Un homme qui n’a pas sa langue dans sa poche

Victor Prudent Topanou n’est pas connu pour pratiquer la langue de bois. Lorsqu’il estime qu’une décision, une réforme ou une orientation politique mérite d’être questionnée, il le dit.C’est probablement là que se trouve une partie du malentendu autour de sa personne.Dans un environnement politique où la critique est parfois rapidement assimilée à l’opposition, une parole indépendante peut facilement être interprétée comme une attaque. Or, critiquer une décision ne signifie pas nécessairement rejeter celui qui l’a prise. Questionner une réforme ne signifie pas forcément combattre un régime.C’est précisément cette nuance qu’il faut savoir préserver.Dans ses propos sur la trêve politique et les sanctions, le Professeur Topanou ne semble pas appeler au rejet de l’ordre institutionnel. Il exprime plutôt des interrogations sur la faisabilité et l’application concrète de certaines dispositions.Lorsqu’il affirme que « la trêve politique n’a jamais été “pas d’opposition” », il rappelle surtout une évidence démocratique : une période d’apaisement politique ne peut pas être confondue avec la disparition de toute voix critique.

Une critique qui n’est pas forcément une hostilité

Dire que Victor Prudent Topanou est critique ne signifie donc pas qu’il est hostile au pouvoir.Au contraire, on pourrait considérer que sa démarche relève davantage de celle d’un intellectuel qui estime avoir le devoir de questionner, d’interroger et parfois de mettre les dirigeants face à leurs propres choix.Un intellectuel ne doit pas nécessairement applaudir toutes les décisions prises par le pouvoir. Il doit aussi être capable de poser des questions lorsque cela lui paraît nécessaire.C’est peut-être ce qui rend son discours difficile à classer.Il ne se comporte pas comme un militant politique enfermé dans une logique de « tout est bon » ou « tout est mauvais ». Son raisonnement semble plutôt s’inscrire dans une logique d’évaluation des politiques publiques et des choix institutionnels.

Sur le Sénat : accepter l’innovation, mais savoir s’évaluer

Ses déclarations sur le Sénat sont particulièrement révélatrices de cette posture.« Je ne suis jamais fermé à une idée nouvelle », affirme-t-il, avant d’insister sur la nécessité de pouvoir « s’auto-évaluer ».Cette position mérite d’être entendue au-delà des clivages politiques.Accepter une innovation institutionnelle ne signifie pas considérer qu’elle est parfaite. Une réforme peut être pertinente au moment de son adoption et révéler, avec le temps, certaines limites. Dans ce cas, reconnaître ses insuffisances ne devrait pas être considéré comme un échec, mais comme une preuve de maturité politique.Le plus important, selon cette logique, n’est donc pas seulement d’innover. C’est de savoir évaluer les résultats de l’innovation.Et c’est probablement là que se situe le cœur de sa pensée : aucune réforme ne devrait être considérée comme intouchable.

Un bon fils du pays, même lorsqu’il dérange

Au-delà des divergences politiques que ses prises de position peuvent susciter, il serait injuste de réduire Victor Prudent Topanou à ses déclarations les plus controversées.C’est un fils du pays. Un intellectuel qui participe, à sa manière, au débat national. Il peut se tromper, comme tout analyste. Il peut avoir des positions discutables. Il peut aussi utiliser une formulation qui prête à polémique.Mais cela ne fait pas de lui un ennemi de la République ni, automatiquement, un opposant au régime.Il faut apprendre à distinguer la critique de l’opposition, le désaccord de l’hostilité et la liberté de parole de la contestation politique.Victor Prudent Topanou a simplement cette particularité : il parle. Et parfois, il parle sans prendre de gants.Cela peut déranger. Cela peut même agacer. Mais dans une démocratie, une société qui accepte uniquement les paroles qui lui plaisent finit par appauvrir son propre débat public.

L’incompris du débat politique ?

Peut-être que le Professeur Topanou est finalement victime de son propre franc-parler.Parce qu’il ne choisit pas toujours les mots qui rassurent, certains peuvent rapidement lui attribuer une étiquette politique. Parce qu’il pose des questions, on peut penser qu’il attaque. Parce qu’il exprime des réserves, on peut croire qu’il rejette.Or, ses déclarations montrent plutôt un homme attaché à une idée simple : il faut pouvoir expérimenter, mais il faut aussi pouvoir faire le bilan.Et cette position n’est ni celle d’un opposant systématique ni celle d’un partisan aveugle.Elle est celle d’un intellectuel qui revendique son droit à l’analyse.

Ne pas confondre désaccord et adversité

Le Bénin a besoin d’un débat public dans lequel les citoyens, les universitaires, les journalistes et les acteurs politiques peuvent exprimer leurs désaccords sans être immédiatement enfermés dans des camps.Le Professeur Victor Prudent Topanou participe à ce débat avec son style, son tempérament et son franc-parler.On peut lui reprocher certaines analyses. On peut discuter ses arguments. On peut même démontrer qu’il se trompe sur certains sujets.Mais il serait intellectuellement plus honnête de répondre à ses arguments plutôt que de chercher à lui coller automatiquement l’étiquette d’opposant.Victor Prudent Topanou n’est peut-être pas toujours compris. Il n’est certainement pas toujours consensuel. Mais cela ne suffit pas à faire de lui un adversaire du régime.Il est surtout un intellectuel béninois qui parle avec ses convictions, qui assume ses analyses et qui, à sa manière, contribue au débat national.Et parfois, dans la vie d’une nation, les voix qui dérangent un peu sont aussi celles qui obligent à réfléchir davantage.Comprendre Topanou, ce n’est donc pas nécessairement être d’accord avec lui. C’est simplement accepter qu’un fils du pays puisse regarder les choix de la République avec un œil critique, sans que cette critique soit automatiquement considérée comme une déclaration de guerre politique.

Christophe AGON

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page