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CLAUDY SIAR ET CNEWS : LE COMBAT EST-IL VRAIMENT LÀ ?

Au nom de la dignité africaine, faut-il retirer CNews du bouquet Canal+ ou exiger que les chaînes béninoises soient accessibles gratuitement aux Béninois ? Le débat mérite d’être posé sans passion, mais avec lucidité.La démarche de Claudy Siar contre la présence de CNews dans le bouquet Canal+ au Bénin soulève une question légitime : celle du respect des Africains dans les médias internationaux. Le chargé de mission du président de la République pour la culture, les médias et la visibilité du Bénin dénonce des propos qu’il juge racistes et stigmatisants envers les Africains. Reçu en audience par le président de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), il a également abordé les enjeux du paysage médiatique béninois. Mais au-delà de cette indignation, une interrogation s’impose : est-ce véritablement le combat médiatique le plus urgent pour les Béninois ? Sans minimiser la gravité des discours racistes ni le devoir de défendre la dignité des peuples africains, il convient de s’interroger sur la portée concrète d’une éventuelle suppression de CNews du bouquet Canal+ au Bénin. Combien de Béninois regardent effectivement cette chaîne ? Quelle proportion des abonnés serait directement concernée par cette décision ? En l’absence de données précises sur son audience locale, difficile de mesurer l’impact réel d’une telle initiative sur le quotidien de nos compatriotes.À l’heure où le Bénin entend renforcer son rayonnement et valoriser son identité, le véritable enjeu ne devrait-il pas être de donner davantage de visibilité à ses propres médias ? Car il existe une question autrement plus proche des préoccupations quotidiennes des populations : pourquoi les chaînes de télévision béninoises ne bénéficieraient-elles pas d’un accès gratuit dans leur propre pays, sans obligation de souscrire à un bouquet payant ?Voilà un combat qui toucherait directement les familles, les jeunes, les travailleurs et les citoyens qui souhaitent suivre l’actualité nationale, découvrir les productions locales et rester informés de la vie de leur pays, sans que le coût d’un abonnement constitue un obstacle. La gratuité d’accès aux chaînes nationales, dans des conditions techniques et économiques à négocier avec Canal+, pourrait contribuer à renforcer leur audience, leur visibilité et leur mission de service public.Il ne s’agit pas d’opposer la défense de la dignité africaine à la promotion des médias béninois. Les deux objectifs peuvent parfaitement se compléter. Toutefois, lorsqu’un responsable est chargé de la culture, des médias et de la visibilité du Bénin, il est légitime d’attendre de lui des initiatives qui améliorent concrètement l’accès des citoyens à l’information nationale et soutiennent la vitalité de nos chaînes.Le Bénin ne doit pas seulement se demander quels médias étrangers il souhaite voir disparaître de ses écrans. Il doit aussi réfléchir aux conditions dans lesquelles ses propres médias peuvent entrer durablement dans les foyers béninois. La souveraineté médiatique ne se mesure pas uniquement à la capacité de contester les contenus venus d’ailleurs ; elle se mesure également à la place accordée aux productions nationales, à leur accessibilité et à leur capacité à informer, éduquer et divertir leur propre population.Claudy Siar se trompe-t-il de combat ? La question peut déranger, mais elle mérite d’être débattue. Défendre les Africains contre les discours discriminatoires est une cause respectable. Faire en sorte que les Béninois puissent accéder plus facilement et gratuitement aux chaînes de leur pays serait, à mes yeux, une priorité tout aussi essentielle, sinon plus directement utile au quotidien.Le combat ne devrait donc pas se limiter au retrait de CNews. Il devrait aussi conduire à une négociation ambitieuse avec Canal+ pour obtenir une meilleure accessibilité des chaînes béninoises, au bénéfice de la population et du rayonnement de nos médias.Car la meilleure manière de renforcer la voix du Bénin n’est pas seulement de contester celles qui nous déplaisent : c’est aussi de donner à la voix béninoise les moyens d’être entendue par tous les Béninois.

Christophe AGON

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