Justice

JUSTICE ET RESPONSABILITÉ AU BÉNIN : LA CRIET N’EST PAS UNE « GRIETTE »

Au-delà des controverses, la responsabilité de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) est engagée dans une mission essentielle : contribuer à la lutte contre la criminalité économique et les infractions relevant de sa compétence. Une mission qui exige rigueur, indépendance, impartialité et respect des droits de chaque justiciable.Dans le débat public béninois, la CRIET occupe une place singulière. Ses décisions suscitent parfois des applaudissements, parfois des critiques, et souvent des discussions passionnées. Mais derrière les réactions qu’elle provoque, une réalité mérite d’être rappelée : une institution judiciaire n’a pas vocation à flatter les uns, à satisfaire les autres ou à se soumettre aux humeurs de l’opinion. Elle est appelée à exercer les responsabilités que lui confère la loi.C’est dans cette perspective qu’il convient de le dire avec force : la CRIET n’est pas une « griette ». Le jeu de mots peut faire sourire, mais il porte une interpellation sérieuse. Une griette, au sens figuré que l’on pourrait donner ici à ce terme, serait celle qui chante pour plaire, qui adapte son discours aux attentes de son auditoire ou qui se fait le relais des intérêts de ceux qui l’écoutent. La justice, elle, ne saurait fonctionner sur ce registre. Elle ne chante pas les louanges d’un camp et ne doit pas devenir l’instrument d’une revanche.La CRIET est une juridiction spécialisée dont la raison d’être est de traiter les infractions relevant de ses attributions. La lutte contre la corruption, les détournements de deniers publics, le blanchiment de capitaux et les autres infractions économiques concernées constitue un enjeu majeur pour la gouvernance et la protection des ressources nationales. Lorsqu’elle agit dans le strict respect de la loi, la justice participe à la défense de l’intérêt général et contribue à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions.Rendre service à la nation ne signifie cependant pas agir sans contrôle ni accepter toutes les décisions sans examen. La véritable grandeur d’une institution judiciaire réside aussi dans sa capacité à motiver ses décisions, à garantir les droits de la défense, à respecter la présomption d’innocence et à permettre l’exercice des voies de recours prévues par la loi. La fermeté judiciaire ne prend toute sa valeur que lorsqu’elle s’accompagne d’une exigence constante d’équité.Il serait donc réducteur de juger la CRIET uniquement à travers les passions qu’elle suscite. Une décision doit être appréciée au regard du droit, des faits établis et des garanties procédurales, et non seulement selon qu’elle satisfait ou contrarie un camp politique. De même, soutenir le principe d’une justice efficace ne revient pas à lui accorder un blanc-seing. La responsabilité citoyenne commande de défendre les institutions tout en exigeant d’elles l’exemplarité qu’impose leur mission.Au Bénin, la consolidation de l’État de droit dépend autant de la capacité des juridictions à combattre les infractions que de leur aptitude à inspirer confiance par leur impartialité. La justice doit rester au-dessus des intérêts particuliers, des calculs politiques et des pressions de toutes sortes. C’est à cette condition que son action peut être comprise comme un service rendu à l’ensemble de la communauté nationale.En définitive, la CRIET ne doit être ni une « griette » chargée de chanter pour plaire, ni une institution soustraite à toute critique. Elle doit être une juridiction responsable, rigoureuse et impartiale, dont les actes sont guidés par la loi. Car servir la nation, pour la justice, ce n’est pas donner raison à ceux qui parlent le plus fort : c’est dire le droit, avec indépendance, courage et responsabilité.

Christophe AGON

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