DÉTENTE ENTRE LA CEDEAO ET l’AES : L’HEURE DU CALUMET DE LA PAIX ?

Un vent de pragmatisme semble enfin souffler sur la diplomatie ouest-africaine. Après des mois de vives tensions politiques, d’accusations croisées et d’incertitudes grandissantes consécutives à la rupture entre la Confédération des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), une lueur d’espoir commence à poindre. L’ouverture de négociations directes à Dakar, la capitale sénégalaise, marque un possible tournant vers une désescalade attendue et la recherche d’un compromis devenu indispensable à la stabilité régionale.L’annonce du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO avait plongé l’Afrique de l’Ouest dans un flou géopolitique inédit. Pourtant, au-delà des affirmations de souveraineté et des postures politiques, les réalités géographiques, économiques et sociologiques de la région s’imposent à tous. L’interdépendance des économies, les liens historiques entre les peuples et les défis sécuritaires communs rendent difficilement envisageable une séparation hermétique entre les pays sahéliens enclavés et les États côtiers. Face aux risques de perturbation des chaînes d’approvisionnement, aux difficultés susceptibles d’affecter la libre circulation des personnes et aux menaces sécuritaires transfrontalières, la raison semble progressivement reprendre le dessus.À Dakar, sous l’impulsion de la diplomatie sénégalaise, les représentants des deux espaces ont engagé un dialogue destiné à rapprocher leurs positions. Cette démarche ne signifie pas nécessairement un retour en arrière pour les pays de l’AES, qui entendent préserver leur autonomie politique et poursuivre la construction de leur propre confédération. L’enjeu consiste désormais à inventer un modèle de coexistence pacifique et de partenariat pragmatique, malgré les divergences politiques.Au cœur des discussions figurent des préoccupations majeures : la préservation de la liberté de circulation des ressortissants des deux espaces, la continuité des échanges commerciaux sans multiplication des entraves douanières et le maintien d’une coopération sécuritaire efficace face aux groupes armés. La mise en place de mécanismes de concertation et de commissions de travail conjointes pourrait permettre de définir les contours d’un nouvel accord de coopération entre les deux organisations.Au-delà des divergences idéologiques et des rapports de force, la CEDEAO et l’AES semblent ainsi confrontées à une même exigence : éviter que leur rupture institutionnelle ne se transforme en fracture durable entre les peuples ouest-africains. Car les populations, premières concernées par les conséquences de cette séparation, ont davantage besoin de mobilité, de sécurité et de débouchés économiques que d’une escalade diplomatique.L’heure du calumet de la paix a-t-elle véritablement sonné ? Il serait prématuré de l’affirmer. Le dialogue constitue certes un signal encourageant, mais sa portée dépendra de la volonté réelle des deux parties de traduire leurs intentions en engagements concrets. La détente ne se mesurera pas seulement aux poignées de main diplomatiques, mais surtout aux résultats obtenus sur le terrain. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est de taille : préserver les acquis de l’intégration régionale sans nier les choix souverains des États.
Saliou BAGUIRI




