Société

Cotonou sous les eaux : Le pont de Djonou sonne l’heure des choix géospatiaux

L’image est devenue le symbole d’une vulnérabilité métropolitaine : lors des dernières pluies, le pont de Djonou, cordon ombilical entre Abomey-Calavi et Cotonou, s’est retrouvé quasiment submergé par une crue inédite du lac Nokoué. À l’instar d’autres métropoles d’Afrique de l’Ouest, Cotonou fait face à des inondations cycliques qui ne sont plus de simples incidents saisonniers, mais une crise structurelle majeure.Sur le terrain, l’Agence nationale de protection civile (ANPC) et la police se démènent pour réguler le trafic. Pourtant, pour les milliers de navetteurs quotidiens, la réalité est amère : la seule alternative réside dans de longs et éprouvants contournements. Ce blocus invisible asphyxie la vie sociale par les retards et la fatigue, tout en pesant lourdement sur l’économie à travers des pertes de productivité, des surcoûts logistiques et une poussée inflationniste sur les marchés.Le nœud du problème : les remarquables efforts de modernisation urbaine se heurtent aujourd’hui aux limites d’une géographie hostile.Cotonou souffre de contraintes physiques et anthropiques profondes. Une grande partie de la ville est située sous le niveau de la mer, les voies d’eau naturelles sont obstruées par l’urbanisation et les zones de tamponnement sont remblayées. Le flux inhabituel du lac Nokoué vers Djonou prouve que les exutoires sont saturés, transformant la ville en une cuvette géante.Face à ce constat, la gestion conjoncturelle de la crise ne suffit plus. Il devient urgent de repenser l’aménagement et la gestion spatiale du Grand Nokoué. Une première option stratégique consisterait à mener une déconcentration ciblée en délocalisant massivement les ministères, les universités et les grands centres décisionnels vers les hauteurs d’Abomey-Calavi, d’Allada ou de Ouidah, afin de recentrer Cotonou sur sa vocation portuaire. Une seconde voie, plus radicale, inviterait à planifier le déplacement des principales infrastructures vers une nouvelle ville-capitale située en hauteur, totalement à l’abri des menaces climatiques.Une telle transition exige un courage politique capable de briser les conservatismes, ainsi qu’une vision proactive et réaliste pour concevoir le Bénin des prochaines décennies. Le pont de Djonou n’était pas un simple fait divers météorologique, mais un avertissement lancé par la nature. Il appartient désormais aux décideurs d’en faire le point de départ d’une refonte historique de l’aménagement du territoire.

Saliou BAGUIRI

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