Politique

Imbloglio dans l’accord de gouvernance dans la 6e CE dans l’affaire Gilbert Boco : Entre l’UPR et le BR, qui a trahi qui ?

La question du choix du chef d’arrondissement de Glo-Djigbé continue de révéler les limites de l’accord de gouvernance conclu entre l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R) et le Bloc Républicain (BR). Derrière le cas Gilbert Sètondji Boco, c’est surtout l’interprétation des règles de partage du pouvoir local entre les deux formations politiques qui semble poser problème.À l’échelle de la 6e circonscription électorale, qui regroupe Abomey-Calavi, Sô-Ava et Zè, les deux partis disposent d’élus issus des élections de janvier 2026. La CENA a notamment établi que, dans l’arrondissement de Golo-Djigbé, le BR dispose de deux sièges. Mais au-delà des chiffres, une question politique se pose : l’accord de gouvernance doit-il être interprété à l’échelle de la commune, ou arrondissement par arrondissement ?

L’UP-R invoque la logique des concessions

Du côté de l’UP-R, la lecture semble relativement claire : lorsqu’un parti majoritaire accepte de partager certains postes avec son allié, il est en droit d’attendre, en retour, une certaine réciprocité.Les directives rendues publiques par l’UP-R en février 2026 prévoyaient d’ailleurs, dans les communes où elle est majoritaire, que le parti conserve notamment le maire, les 1er et 3e adjoints, tandis que le BR obtenait le 2e adjoint et une présidence de commission. C’est dans cette logique que des responsables de l’UP-R peuvent considérer que les concessions consenties dans la mise en place de l’exécutif communal, notamment autour du 2e adjoint au maire, de certaines commissions et de la répartition des responsabilités à Hêvié, doivent peser dans les discussions concernant les chefs d’arrondissement.Autrement dit, pour l’UP-R, l’accord ne saurait être réduit à une simple règle arithmétique consistant à dire : « Là où le BR est majoritaire, le BR choisit ; là où l’UP-R est majoritaire, l’UP-R choisit. »L’accord serait plutôt compris comme un pacte politique global, reposant sur des concessions réciproques.

Le BR défend, lui, la règle de la majorité locale

Le Bloc Républicain semble défendre une autre lecture : la majorité dans un arrondissement doit produire des droits politiques dans cet arrondissement.C’est particulièrement sensible à Glo-Djigbé. Les résultats officiels des communales donnent deux sièges au BR dans cet arrondissement. Dans cette logique, le BR peut considérer que son choix pour diriger l’arrondissement ne devrait pas être soumis à une validation de l’UP-R, dès lors qu’il dispose de la majorité locale nécessaire.Cette position rejoint d’ailleurs le fond du contentieux ayant opposé Gilbert Sètondji Boco à Bernard Gbénou. La presse rapporte que le BR avait soutenu Boco, tandis que l’UP-R avait soutenu Bernard Gbénou.*Et Gilbert Boco dans tout cela ?*Le dossier prend une dimension supplémentaire parce que Gilbert Sètondji Boco n’est pas un simple nom dans une bataille de postes.Ancien responsable de Glo-Djigbé, il avait quitté l’UP-R pour rejoindre le BR après sa suspension en 2025. Le contentieux s’est ensuite poursuivi après les élections communales de janvier 2026. Le 10 septembre 2026, la Cour suprême a annulé les actes ayant conduit à l’installation de Bernard Gbénou et ordonné l’installation de Gilbert Sètondji Boco à la tête de Glo-Djigbé. Le dossier judiciaire est donc désormais distinct de la querelle politique entre les deux partis : la décision de la Cour suprême tranche la question juridique de l’installation.Mais elle ne règle pas nécessairement le débat politique sur l’interprétation de l’accord de gouvernance.

Alors, qui a trahi qui ?

C’est probablement là que se trouve le véritable imbroglio.Si l’on retient la lecture de l’UP-R, le BR aurait profité des concessions obtenues dans le cadre de l’accord de gouvernance tout en revendiquant, arrondissement par arrondissement, une autonomie complète lorsqu’il devient majoritaire.Mais si l’on retient la lecture du BR, c’est plutôt l’UP-R qui chercherait à utiliser un accord politique général pour limiter les droits résultant de la majorité obtenue localement par le BR.Les deux lectures peuvent donc conduire chacune à accuser l’autre de ne pas respecter l’esprit de l’accord.Le problème paraît moins être celui d’une « trahison » établie que celui d’une absence de règle suffisamment claire sur l’articulation entre la majorité communale, la majorité dans les arrondissements et les concessions prévues par l’accord de gouvernance.

Un accord à clarifier

L’affaire Glo-Djigbé pourrait ainsi servir de révélateur. Si les deux formations veulent maintenir leur partenariat jusqu’au terme de la mandature, elles devront probablement préciser une question essentielle : dans la désignation d’un chef d’arrondissement, quelle règle prime : la majorité politique dans l’arrondissement ou l’équilibre global négocié au niveau de la commune ?Tant que cette question restera sans réponse commune, chaque camp pourra continuer à invoquer « l’esprit de l’accord » pour défendre sa propre lecture.À Glo-Djigbé, la justice a désormais tranché le contentieux relatif à Gilbert Sètondji Boco. Mais politiquement, l’histoire de l’accord UP-R–BR est loin d’avoir livré tous ses enseignements.Et derrière la question provocatrice, « Entre l’UP-R et le BR, qui a trahi qui ? » , se cache finalement une interrogation plus importante : les deux partenaires avaient-ils réellement la même compréhension de l’accord qu’ils avaient signé ?

Christophe AGON

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