DIPLOMATIE : ATTENDU À PARIS, WADAGNI POURRAIT RECEVOIR MACRON À COTONOU

Il y a parfois des déplacements présidentiels qui valent davantage par leur contexte que par leur destination. La probable venue d’Emmanuel Macron au Bénin pourrait être de ceux-là. Alors que, depuis l’élection de Romuald Wadagni, beaucoup s’attendaient à voir le nouveau président béninois effectuer une visite officielle en France, c’est finalement le président français qui pourrait faire le déplacement vers Cotonou.Le scénario a de quoi interpeller. Après son élection, Wadagni a choisi de consacrer une partie de ses premières démarches diplomatiques à l’Afrique, notamment à ses voisins et à des pays dont les relations avec les puissances occidentales sont devenues plus complexes. Cette orientation pouvait être interprétée comme la volonté du nouveau chef de l’État de placer l’Afrique de l’Ouest au cœur de sa diplomatie et de ne pas inscrire les relations du Bénin dans une seule direction.Dans ce contexte, Paris apparaissait presque naturellement comme une étape attendue. La France demeure un partenaire historique du Bénin et une visite de Wadagni dans la capitale française aurait pu symboliser la continuité des relations entre les deux pays. Mais voilà que le mouvement pourrait s’inverser : ce ne serait plus Cotonou qui irait à Paris, mais Paris qui viendrait à Cotonou.Cette inversion du calendrier diplomatique n’est pas sans signification. Elle peut être interprétée comme la manifestation de l’intérêt que la France continue de porter au Bénin dans une Afrique de l’Ouest en pleine recomposition. Alors que Paris a vu ses relations se détériorer avec plusieurs pays du Sahel, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel, le Bénin conserve une position particulière : celle d’un pays capable de maintenir ses partenariats occidentaux tout en dialoguant avec ses voisins africains.C’est précisément cette position qui pourrait donner à Cotonou une importance nouvelle. La démarche de Wadagni envers plusieurs capitales africaines, y compris celles de l’AES, peut être perçue comme une volonté de retisser les liens régionaux et de favoriser le dialogue. Pour Paris, disposer d’un interlocuteur capable de parler à différents camps peut représenter un atout diplomatique.Il faut également replacer cette séquence dans le contexte du nouveau paysage institutionnel béninois. Patrice Talon, ancien président de la République, occupe désormais la présidence du Sénat. Son récent déplacement en France rappelle, à lui seul, que les relations entre Cotonou et Paris demeurent actives au plus haut niveau. Il serait toutefois hasardeux d’établir un lien direct entre cette visite et la probable venue de Macron au Bénin. Mais leur proximité dans le temps nourrit naturellement les interrogations sur la place que la France continue d’accorder au Bénin.Emmanuel Macron connaît déjà Cotonou. Sa visite de 2022, sous Patrice Talon, avait notamment porté sur les questions sécuritaires, économiques et culturelles ainsi que sur la restitution du patrimoine béninois. Une nouvelle visite, cette fois sous Romuald Wadagni, aurait donc une portée différente : elle permettrait au président français de prendre contact directement avec le nouveau pouvoir et de mesurer sa nouvelle orientation diplomatique.Mais au-delà du symbole, il faudra regarder le contenu. Une visite présidentielle ne se résume jamais à une poignée de main, à une conférence de presse ou à quelques accords. Elle révèle souvent les priorités des deux parties. Sécurité régionale, coopération économique, investissements, énergie, culture, formation et relations avec les pays voisins pourraient constituer autant de dossiers à observer.La question centrale sera donc de savoir ce que Cotonou veut obtenir de Paris et ce que Paris vient chercher à Cotonou.Car si Wadagni a choisi, au début de son mandat, de regarder d’abord vers l’Afrique, cela ne signifie pas qu’il tourne le dos à la France. Cela peut au contraire traduire une volonté de diversifier les partenariats tout en conservant les relations historiques. Pour le Bénin, l’enjeu serait alors de ne pas choisir entre l’Afrique et ses partenaires occidentaux, mais de faire de sa position géographique et diplomatique un véritable levier.On attendait Wadagni à Paris. C’est peut-être finalement Macron qui viendra à Cotonou. Si cette visite se confirme, elle pourrait être l’un des premiers grands rendez-vous diplomatiques du nouveau pouvoir béninois et un signal intéressant sur la place que Cotonou entend occuper dans la nouvelle architecture politique et diplomatique de l’Afrique de l’Ouest.Le plus important ne sera donc pas seulement de savoir qui se déplace vers qui. Il faudra surtout regarder ce qui sera dit, négocié et décidé lorsque Paris viendra à la rencontre de Cotonou.
Christophe AGON




