FORFAITS MOBILES ET ARBITRAGES DE l’ARCEP : LE GOUVERNEMENT ATTENDU SUR LES ENJEUX SOCIO-ÉCONOMIQUES

La hausse effective des coûts des services de téléphonie mobile ravive la tension autour de la cherté de la data au Bénin. Le débat, qui prend de l’ampleur, ne laisse personne indifférent. Il mérite d’être posé avec responsabilité afin de parvenir, une fois pour toutes, à des solutions équilibrées et durables.Face à la grogne des consommateurs, l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) a tenu à recadrer le débat. Par la voix de son Secrétaire exécutif, Hervé Coovi Guèdègbé, le régulateur a rappelé la conformité des nouveaux catalogues à la décision n°2026-17 du 17 février 2026. Il a également souligné le maintien d’offres à partir de 5 000 FCFA et précisé que le repositionnement des avantages vers les forfaits supérieurs, notamment à partir de 15 000 FCFA, relève de la liberté commerciale des opérateurs.Si l’ARCEP pose ainsi le cadre légal et réglementaire, la question dépasse toutefois la seule conformité des offres. Elle révèle une fracture plus profonde entre les impératifs du marché des télécommunications et la réalité socio-économique des ménages béninois.La rentabilité des investissements dans le secteur ne saurait, à elle seule, justifier une exclusion numérique progressive, alors même que le Bénin ambitionne de se positionner comme un véritable hub numérique en Afrique. En rendant l’accès aux données plus coûteux, c’est toute une partie de la dynamique nationale qui risque d’être freinée : étudiants, chercheurs, entrepreneurs, startups, professionnels du numérique et acteurs des TIC dépendent quotidiennement d’une connectivité accessible et de qualité.C’est précisément à ce niveau que le ministère de tutelle est appelé à jouer pleinement son rôle. Il ne s’agit ni de bloquer le marché ni de remettre en cause la liberté commerciale des opérateurs, mais de veiller à un juste équilibre entre les impératifs économiques, la protection des consommateurs et les ambitions numériques du pays.Dans cette démarche, les associations de consommateurs ne devraient plus être de simples observatrices. Elles doivent devenir de véritables partenaires de concertation aux côtés de l’État, de l’ARCEP et des opérateurs de téléphonie mobile. Car la qualité d’un service numérique ne se mesure pas uniquement à la couverture du réseau, mais aussi à son accessibilité réelle pour chaque citoyen, chaque étudiant et chaque entrepreneur.Le débat sur la cherté de la data mérite donc mieux qu’une simple confrontation entre opérateurs et consommateurs. Il appelle une concertation nationale, responsable et inclusive, afin que la transformation numérique du Bénin ne devienne pas un privilège réservé à ceux qui disposent des moyens financiers suffisants.
Christophe AGON




