Politique

DE LA SANCTION POLITIQUE À LA REVANCHE DES URNES, PUIS AU BRAS DE FER JUDICIAIRE : L’ÉTONNANT PARCOURS DE GILBERT SETONDJI BOCO

De l’UPR au BR, de la conquête électorale à la décision de la Cour suprême, l’affaire Gilbert Sètondji Boco révèle les contradictions d’une gouvernance locale confrontée à ses propres choix. Alors que la haute juridiction a ordonné son installation, le refus ou l’absence d’exécution de cette décision soulève de nouvelles interrogations. Récit d’un feuilleton politique qui n’en finit pas.

D’UN FAUTEUIL PERDU À UNE NOUVELLE DESTINÉE POLITIQUE

Tout commence par une éviction. Gilbert Sètondji Boco, alors chef d’arrondissement de Glo-Djigbé, est écarté de son fauteuil sur fond d’accusations relatives à des critiques supposées de la gestion du pouvoir de Patrice Talon lors d’un forum du conseil communal. L’intéressé, qui nie les faits qui lui sont reprochés, finit par quitter les rangs de l’Union progressiste le Renouveau (UPR).Une rupture politique qui aurait pu marquer la fin de son parcours au sein de la majorité. Mais l’histoire en décide autrement. À l’approche des élections communales et municipales, l’ancien responsable de l’UPR réapparaît sous les couleurs du Bloc républicain (BR), formation politique qui, à l’instar de l’UPR, soutient les actions du pouvoir en place.Dès lors, une question s’impose : si Gilbert Sètondji Boco était accusé d’avoir critiqué la gestion du président Talon, pourquoi a-t-on laissé cet acteur politique se présenter sous la bannière d’un parti partageant les orientations du pouvoir ?L’interrogation ne vise pas à nier les prérogatives des partis politiques, mais à mettre en lumière une apparente contradiction dans la gestion du dossier. Les motifs exacts de la sanction initiale, les procédures suivies et les raisons de son accueil au sein du BR méritent d’être clarifiés.

QUAND L’ANCIEN BASTION CHANGE DE COULEUR

À Glo-Djigbé, le paysage politique connaît un bouleversement. Cette localité, présentée comme un bastion de l’UPR, bascule du côté du BR sous le leadership de Gilbert Sètondji Boco. Celui qui avait été écarté de ses fonctions au sein de son ancienne formation devient ainsi un acteur majeur de la dynamique électorale de son nouveau parti.Le symbole est fort. Il montre que les rapports de force politiques ne sont jamais définitivement figés et que les acteurs de terrain peuvent peser sur le destin électoral d’une localité.Mais cette recomposition politique, au lieu de refermer le dossier Boco, ouvre un nouveau chapitre. Celui de la désignation et de l’installation du chef d’arrondissement.

LE CHOIX DU PARTI, LE FAUTEUIL D’UN AUTRE

C’est ici que le feuilleton prend une tournure inattendue. Alors que Gilbert Sètondji Boco est désigné par son parti pour diriger l’arrondissement, c’est son second, Bernard Gbénou, qui est installé à sa place.Une décision qui ne manque pas de susciter des interrogations. Comment comprendre qu’un responsable désigné par sa formation politique ne soit pas celui qui occupe le fauteuil convoité ? Quels critères ont prévalu dans le processus de désignation et d’installation ? Et comment expliquer l’écart entre le choix annoncé du parti et la réalité institutionnelle sur le terrain ?Autant de questions auxquelles les responsables concernés doivent apporter des réponses précises. Car derrière une nomination, il y a la crédibilité des procédures, la confiance des militants et la lisibilité de l’action publique.

LA JUSTICE ENTRE DANS L’ARÈNE

Face à cette situation, Gilbert Sètondji Boco saisit la Cour suprême. Le contentieux, jusque-là essentiellement politique, prend une dimension judiciaire.La haute juridiction lui donne raison et ordonne son installation dans un délai de quinze jours. Une décision qui vient trancher le différend relatif à la direction de l’arrondissement et qui place désormais les autorités compétentes devant leurs responsabilités.À partir de cet instant, le débat ne peut plus se limiter aux rivalités entre acteurs politiques. Il porte également sur le respect et l’exécution d’une décision rendue par l’institution judiciaire compétente.Dans un État de droit, une décision de justice doit être considérée dans le cadre des procédures et obligations qu’elle impose. Les autorités concernées doivent donc expliquer les dispositions prises pour sa mise en œuvre.

MERCREDI 16 SEPTEMBRE : LE RENDEZ-VOUS MANQUÉ

Le mercredi 16 septembre 2026 devait marquer l’épilogue de cette longue bataille. Gilbert Sètondji Boco avait été invité à être installé. Mais au terme de la journée, il ne l’a pas été.Cette non-installation, malgré l’injonction de la Cour suprême, soulève une nouvelle série d’interrogations. Pourquoi la cérémonie n’a-t-elle pas abouti ? Quelles raisons précises ont empêché l’installation ? Les autorités communales disposent-elles d’un calendrier ou de dispositions nouvelles pour exécuter la décision judiciaire ?Ces questions appellent des réponses officielles et transparentes. Car la prolongation d’une telle situation risque d’entretenir l’incertitude et d’alimenter les soupçons autour de la gestion du dossier.

UNE CONTRADICTION POLITIQUE QUI INTERPELLE

Au fond, l’affaire Gilbert Sètondji Boco dépasse la seule personne de l’ancien chef d’arrondissement. Elle interroge les mécanismes de sanction, de repositionnement et de désignation au sein des formations politiques.Un acteur écarté de l’UPR sur fond de critiques supposées contre la gestion du pouvoir retrouve une place de premier plan au BR, parti soutenant également les actions du gouvernement. Puis, après une victoire politique dans une zone stratégique, il se retrouve engagé dans un bras de fer autour de son installation.Cette succession d’événements appelle une réflexion sur la cohérence des décisions politiques. Les citoyens sont en droit de comprendre les critères qui président aux sanctions et aux nominations. La transparence ne devrait pas être une exigence à géométrie variable.

GLO-DJIGBÉ NE DOIT PAS ÊTRE L’OTAGE D’UN CONTENTIEUX

Au-delà des protagonistes, c’est l’image de la commune d’Abomey-Calavi qui est en jeu. Une collectivité locale ne peut durablement fonctionner dans un climat de controverse autour de la désignation de ses responsables.Les rivalités politiques sont inhérentes à la vie démocratique. Elles ne doivent cependant pas se transformer en blocages institutionnels. La responsabilité des autorités consiste à faire respecter les règles, à expliquer leurs décisions et à garantir la continuité du fonctionnement administratif.La question de l’installation de Gilbert Sètondji Boco doit donc être traitée dans le strict respect du cadre légal et de la décision de la Cour suprême. Ni les inimitiés personnelles, ni les calculs politiques, ni les tensions partisanes ne devraient prendre le pas sur les exigences institutionnelles.

IL EST TEMPS DE TOURNER LA PAGE

L’affaire Gilbert Sètondji Boco est devenue un feuilleton dont la commune d’Abomey-Calavi aurait tout intérêt à se débarrasser. Non pas en évitant les questions, mais en apportant des réponses claires. Non pas en prolongeant les rivalités, mais en faisant prévaloir les règles.Quelles que soient les critiques formulées à l’encontre de l’intéressé, le choix de l’avoir laissé concourir sous les couleurs du BR, puis les péripéties liées à sa désignation et à son installation, constituent autant de points qui méritent des explications.La politique ne peut être un espace où les contradictions restent sans réponse et où les décisions de justice attendent indéfiniment leur application. Glo-Djigbé mérite une gouvernance lisible, responsable et respectueuse des institutions. Il appartient désormais aux autorités compétentes de tirer les conséquences de cette situation et de faire en sorte que ce dossier cesse de ternir l’image de la politique dans la commune d’Abomey-Calavi.

Christophe AGON

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