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CAF-INFANTINO : QUAND LA FIDÉLITÉ À UN HOMME SEMBLE PRENDRE LE PAS SUR L’INTÉRÊT DU FOOTBALL AFRICAIN

La décision de la Confédération Africaine de Football (CAF) de continuer à apporter son soutien à Gianni Infantino, président de la FIFA, soulève une question de fond qui dépasse largement la personne du dirigeant italo-suisse : celle de l’indépendance réelle de l’institution africaine. À force de soutenir Infantino malgré les nombreuses critiques qui accompagnent certaines de ses décisions et orientations, la CAF donne le sentiment troublant d’une organisation dont la ligne politique pourrait être davantage dictée par la proximité avec un homme que par la défense des intérêts collectifs du football africain. Pourtant, la CAF n’est pas la propriété d’un dirigeant, encore moins l’instrument d’une quelconque stratégie personnelle. Elle appartient aux associations membres qui lui ont confié la mission de défendre et de promouvoir le football sur le continent. Dès lors, son rôle ne devrait pas consister à suivre aveuglément la FIFA, mais à défendre avec fermeté les intérêts de l’Afrique, y compris lorsque ceux-ci peuvent diverger de ceux de l’instance mondiale. Le véritable problème n’est donc pas que la CAF soutienne Infantino. Une institution peut parfaitement soutenir un dirigeant lorsqu’elle estime que son action est bénéfique au football. Le malaise naît lorsque ce soutien semble devenir systématique, au point de donner l’impression qu’aucune décision du président de la FIFA ne peut être sérieusement remise en question par la confédération africaine. Une telle posture finit inévitablement par alimenter le soupçon d’une dépendance politique et institutionnelle. Or, une institution forte n’est pas celle qui dit toujours oui. C’est celle qui sait défendre ses positions, négocier, contester et, lorsque les circonstances l’exigent, dire non. L’Afrique dispose pourtant d’un poids considérable dans le football mondial. Avec ses nombreuses associations membres, son immense réservoir de talents et son importance dans les compétitions internationales, elle devrait être en mesure de peser davantage sur les grandes décisions qui façonnent l’avenir du football. Mais pour y parvenir, la CAF doit d’abord disposer d’une véritable autonomie de pensée et d’action. Elle ne peut durablement donner le sentiment que son destin est lié au solde politique d’une seule personne. Gianni Infantino quittera un jour la présidence de la FIFA, comme tous les dirigeants avant lui. Les responsables actuels de la CAF partiront également. Les hommes passent, les institutions demeurent. C’est précisément pour cette raison que la CAF doit construire une gouvernance fondée sur des principes, des intérêts collectifs et une vision durable du football africain, plutôt que sur des fidélités personnelles. L’Afrique ne devrait pas être considérée uniquement comme un bloc électoral précieux dans les batailles de pouvoir de la FIFA. Elle doit être un partenaire à part entière, capable de défendre ses intérêts avec dignité et responsabilité. Le soutien à un homme ne doit jamais devenir plus important que la défense d’une institution. À force de vouloir préserver une proximité avec le président de la FIFA, la CAF risque de perdre progressivement ce qui devrait constituer sa première richesse : sa crédibilité et son indépendance. Le football africain mérite mieux qu’une confédération qui semble parfois marcher dans les pas d’un homme. Il mérite une CAF forte, autonome, courageuse et capable de parler d’une voix claire au nom de ses membres. La véritable question qui se pose aujourd’hui n’est donc pas de savoir si la CAF doit soutenir Gianni Infantino, mais de savoir si elle est encore suffisamment libre pour prendre ses propres décisions. Car le jour où une institution préfère la loyauté envers une personne à la défense de ses propres intérêts, ce n’est plus seulement son indépendance qui est en jeu : c’est sa raison d’être.

Christophe AGON

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