HAUT COMMANDEMENT MILITAIRE AU BÉNIN : DE L’ÉPREUVE DU 7 DÉCEMBRE À LA TÊTE DES ARMÉES, L’ASCENSION REMARQUABLE DU GÉNÉRAL ABOU ISSA

Enlevé par les mutins lors de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, après avoir opposé une résistance à ses assaillants, le général de corps d’armée Abou Issa accède aujourd’hui au sommet de la hiérarchie militaire béninoise. Une nomination qui donne une résonance particulière à son parcours et pose la question de la reconnaissance du courage et de l’engagement au service de la République.Il y a des parcours militaires que les circonstances de l’histoire rendent particulièrement symboliques. Celui du général Abou Issa en est désormais une illustration. Le 7 décembre 2025, alors que le Bénin était secoué par une tentative de prise de pouvoir par la force, cet officier supérieur se retrouvait au cœur de l’une des séquences les plus périlleuses de cette journée. À son domicile, il avait opposé une résistance aux mutins avant d’être finalement enlevé. Sa vie était alors directement menacée. Libéré le lendemain à Tchaourou, grâce aux opérations menées par les forces engagées, il sortait de cette épreuve avec une expérience que peu de militaires peuvent revendiquer.Près d’un an après cet épisode, le destin lui réserve une nouvelle dimension. Par sa nomination en Conseil des ministres du 4 novembre 2026, le général de corps d’armée Abou Issa prend les commandes de l’état-major général des Forces armées béninoises. Il succède au général Fructueux Gbaguidi, qui occupait cette fonction depuis avril 2022. Le symbole est fort : l’homme qui fut lui-même victime de la violence des mutins se voit désormais confier la responsabilité de conduire l’ensemble de l’institution militaire.Mais cette promotion ne saurait être réduite à une simple récompense liée aux événements du 7 décembre. Elle s’inscrit également dans un parcours professionnel de quatre décennies. Incorporé dans les Forces armées béninoises le 1er octobre 1986, après sa formation au Prytanée militaire de Saint-Louis au Sénégal, Abou Issa a progressivement gravi les échelons de la hiérarchie militaire. Il a notamment dirigé la Garde nationale, occupé les fonctions de chef d’état-major adjoint des forces terrestres et exercé plusieurs responsabilités au cabinet militaire de la présidence de la République. Sa formation militaire, renforcée notamment à Madagascar, à Porto-Novo et en Chine, témoigne d’un parcours marqué par l’expérience et la diversité des compétences.Au-delà de la trajectoire personnelle du nouveau chef d’état-major général, cette nomination intervient dans un contexte où les enjeux de défense nationale occupent une place centrale. La tentative de coup d’État de décembre 2025 a révélé des vulnérabilités au sein même du dispositif militaire, notamment la capacité de certains éléments à retourner leurs armes contre les institutions qu’ils sont censés protéger.La nouvelle responsabilité confiée à Abou Issa sera donc loin d’être symbolique. Il lui reviendra de consolider la cohésion des troupes, de renforcer la discipline, de restaurer davantage la confiance au sein de la chaîne de commandement et de veiller à ce que la loyauté républicaine demeure une valeur non négociable. À cela s’ajoutent les défis sécuritaires liés à la menace terroriste dans le nord du pays, qui exigent une armée mieux préparée, mieux équipée et davantage coordonnée.Il y a, dans cette trajectoire, une image particulièrement saisissante : celle d’un officier qui, hier encore, se retrouvait entre les mains de mutins et dont la vie était menacée, et qui se voit aujourd’hui confier le commandement général des forces armées de son pays. L’histoire retiendra certainement cette étonnante séquence. Mais au-delà de l’émotion et du symbole, le véritable jugement de cette nomination se fera à l’aune des résultats. Le général Abou Issa devra démontrer que l’expérience du terrain, les épreuves traversées et la connaissance de l’institution peuvent se transformer en une vision stratégique à la hauteur des exigences nationales.Car diriger une armée ne consiste pas seulement à commander des hommes en uniforme. C’est avant tout garantir la sécurité de la nation, préserver l’intégrité territoriale et assurer la fidélité absolue des forces armées à la Constitution. Abou Issa change donc de dimension. Mais avec cette nouvelle responsabilité vient aussi un défi immense : faire en sorte que plus jamais les armes de la République ne se retournent contre la République.
Christophe AGON




