Revision de la constitution Beninoise : Claudine Afiavi Prudencio salue l’audace d’une initiative pour une démocratie réaliste

Loin d’être un simple réflexe politique ou une révision de circonstance, la réforme constitutionnelle du 15 novembre 2025 au Bénin acte la fin d’une époque : celle de la démocratie purement procédurale pour entrer dans l’ère de la démocratie de responsabilité. Si la Constitution de 1990 a servi de boussole et de rempart nécessaire au sortir des turbulences autoritaires, elle portait en elle une prudence extrême qui, trente ans plus tard, a révélé ses limites face à l’exigence d’efficacité de l’État moderne. Cette révision ne doit donc pas être lue comme une rupture, mais comme une maturation indispensable, pensée pour corriger les fragilités structurelles d’un système politique souvent miné par une compétition exacerbée et une instabilité chronique. L’ambition affichée est claire : il s’agit de substituer à la « guerre politique permanente » une architecture de gouvernance capable de protéger le temps long du développement. Au cœur de cette refondation se trouve une innovation majeure qui puise sa légitimité dans l’anthropologie même des sociétés africaines : la création d’un Sénat. Conçu non pas comme une chambre d’écho des batailles partisanes, mais comme une « institution de sagesse », ce Sénat est composé de personnalités non élues pour garantir une neutralité absolue et une indépendance totale vis-à-vis des partis. En introduisant ce mécanisme de tempérance, doté d’un pouvoir de « non-objection » sur les lois sensibles plutôt que d’un veto de blocage, le Bénin installe un pare-feu institutionnel contre les passions du moment et les discours incendiaires qui menacent l’unité nationale. Cette logique de stabilisation se prolonge par la reconfiguration audacieuse du temps politique à travers l’instauration du septennat. Le diagnostic est sans appel : le mandat de cinq ans est trop court pour concevoir et réaliser des projets structurants, enfermant l’action publique dans un court-termisme électoraliste. En étendant la durée du mandat, la réforme offre à l’exécutif le temps de la construction réelle, une mesure d’autant plus crédible qu’elle ne profite pas au Président en exercice, marquant ainsi un détachement rare sur le continent africain. Cette volonté de « civiliser » la vie publique s’étend également à la moralisation des acteurs politiques eux-mêmes. La réforme attaque frontalement le fléau de la transhumance parlementaire, cette pratique qui a longtemps sapé la confiance des électeurs, en décrétant désormais que tout député démissionnaire de son parti perd automatiquement son mandat. C’est une révolution éthique qui, couplée à l’instauration d’une « trêve politique » — non pas un silence imposé, mais une structuration du débat pour éviter le sabotage systématique de l’action gouvernementale — vise à assainir durablement les mœurs politiques. Validée par une majorité qualifiée de 90 voix surpassant les clivages habituels, cette révision s’impose finalement moins comme une réforme de pouvoir que comme une réforme de protection. Elle dessine les contours d’un État qui, sans renier son héritage démocratique, choisit d’armer ses institutions de sagesse et de rigueur pour affronter les défis d’un monde en mutation.
Saliou Baguiri




