Les Démocrates au bord du naufrage : De la force d’opposition au rafiot en dérive

Le navire amiral de l’opposition béninoise, le parti « Les Démocrates » (LD), traverse aujourd’hui une zone de turbulences si violente qu’elle interroge jusqu’à sa structure même. Ce qui se jouait le week-end dernier dans l’enceinte feutrée du Chant d’Oiseau n’était pas une simple transition administrative, mais une véritable épreuve de vérité après le séisme provoqué par la démission de son président, Boni Yayi. En perdant sa figure tutélaire, le parti a vu s’effondrer le ciment qui maintenait ensemble, tant bien que mal, des courants aux ambitions souvent divergentes. Cette vacance du pouvoir a précipité une crise de succession dont la désignation de Noureini Atchadé n’est que la face émergée. Loin de faire l’unanimité, ce choix opéré au forceps a cristallisé les tensions, marquant une césure nette avec le camp d’Éric Houndété et provoquant des ondes de choc jusque dans l’opinion publique.Cette fragilité interne est d’autant plus criante qu’elle s’accompagne de départs symboliques forts, à l’instar de celui de Guy Mitokpè, secrétaire à l’information, dont la démission sonne comme le désaveu d’une ligne politique jugée floue ou étouffante. Privé du charisme de Yayi qui masquait les fissures, le parti semble désormais un rafiot malmené par les flots, incapable de proposer des perspectives politiques nouvelles face à une mouvance présidentielle de plus en plus hégémonique. Le malaise s’épaissit d’ailleurs face aux velléités de certains cadres qui, à demi-mot, semblent lorgner vers un soutien au duo au pouvoir, faisant craindre une dilution totale de l’identité du parti.Dès lors, la question du lendemain se pose avec une acuité brutale : LD est-il condamné à n’être qu’un débris politique, un rafiot en perdition promis aux affres de la tempête, ou peut-on encore lui espérer un destin de phénix ? Pour que la renaissance opère et que le parti surgisse de ses propres cendres, il ne pourra se contenter d’un simple replâtrage technique lors du prochain congrès ordinaire. La survie de ce qui fut la tête de proue de l’opposition dépendra de sa capacité à transformer ce brasier interne en un feu purificateur, capable de forger un nouveau leadership qui ne soit plus le simple héritier d’une icône, mais le porteur d’un projet de rupture avec ses propres vieux démons. Sans ce sursaut, le risque est grand de voir l’opposition béninoise s’éteindre avec les dernières braises d’un parti qui n’aura pas su se réinventer à temps.
Saliou BAGUIRI




