Politique

Chefs d’Arrondissements analphabètes sous la Rupture : Le grain de sable dans l’engrenage de la décentralisation

Depuis 2016, le Bénin s’est engagé dans une mue administrative profonde. Si la réforme du secteur de la décentralisation a permis de professionnaliser la gestion des communes, une ombre persiste au tableau : le profil intellectuel de certains Chefs d’Arrondissements (CA). Entre ambition de modernité et réalités politiques archaïques, le contraste est saisissant.Sous l’impulsion du régime de la Rupture, la gouvernance locale au Bénin a connu une petite révolution. Le diagnostic était clair : pour que le développement soit effectif à la base, il fallait séparer le politique de l’administratif. C’est ainsi que des Secrétaires Exécutifs (SE), cadres techniques de haut vol, ont été déployés pour tenir les rênes de l’appareil administratif communal. Mais alors que la machine semble huilée au sommet de la mairie, un goulot d’étranglement subsiste à l’échelon inférieur : l’arrondissement.

Le paradoxe de la compétence

Il est curieux, voire inquiétant, de constater qu’à l’heure de la dématérialisation et de la gestion axée sur les résultats, certains arrondissements soient encore dirigés par des acteurs politiques dont le seul mérite est leur appartenance ou leur fidélité à une obédience.Le problème n’est pas la légitimité électorale, mais l’aptitude opérationnelle. Comment un Chef d’Arrondissement, ne jouissant pas d’un niveau d’instruction adéquat, peut-il dialoguer d’égal à égal avec des experts techniques ? Comment peut-il s’approprier les paradigmes complexes du développement, analyser des indicateurs de performance ou porter une vision prospective pour sa localité ?

Une cohabitation à deux vitesses

Le Chef d’Arrondissement est l’officier d’état civil, le premier interlocuteur des populations et le relais essentiel des politiques publiques. Lorsque ce dernier est frappé d’analphabétisme, c’est toute la chaîne de transmission qui s’enraye.On se retrouve face à une cohabitation hybride et incongrue : d’un côté, une administration centrale qui exige de la rigueur et des rapports chiffrés ; de l’autre, un élu local qui, faute de maîtrise des outils intellectuels, navigue à vue. Cette situation crée un complexe de gestion qui freine l’essor des territoires. Pire, elle expose l’élu à une dépendance vis-à-vis de son entourage, ouvrant la porte à des approximations qui coûtent cher à la collectivité.

L’épine dans le pied du développement

Le développement ne se décrète pas, il se planifie. Et la planification demande un minimum de bagage académique. Maintenir des acteurs aux capacités limitées à des postes aussi sensibles est un luxe que le Bénin de la « Rupture » ne peut plus se permettre.Certes, la politique a ses réalités, et le militantisme a ses récompenses. Mais la fonction de Chef d’Arrondissement est bien trop stratégique pour servir de simple « lot de consolation » politique. C’est aujourd’hui une véritable épine dans la plante du pied de la décentralisation. Pour que l’essor du pays soit total, le maillon de la base doit être aussi solide que celui du sommet.L’urgence d’une révision des critères d’éligibilité, ou du moins d’un renforcement drastique des capacités, s’impose. Car, on ne peut prétendre conduire un peuple vers la modernité avec des guides qui ne savent pas lire la carte.

LA RÉDACTION

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