SÉCURITÉ

Parakou : Une opération de police sur fond de zèle contre « La guerre des clans » emporte le DDPR , Baudelaire Segoh

L’événement s’annonçait comme un moment fort de la culture urbaine à Parakou. Dans la nuit du vendredi 2 janvier, le spectacle intitulé « La guerre des clans » battait son plein, attirant une foule de jeunes en quête de divertissement. Mais l’effervescence a brusquement laissé place à la confusion lorsque les forces de l’ordre ont investi les lieux pour une descente inopinée.Une rafle aux proportions inédites. Sans avertissement, les policiers ont procédé à une opération d’une envergure rarement vue dans la cité des Koburu. Le bilan, qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, est impressionnant : près de 400 jeunes conduits au poste, environ 90 motos saisies et des centaines de téléphones portables réquisitionnés.Si la police a d’abord invoqué l’absence d’autorisation administrative et la lutte contre la cybercriminalité pour justifier cette intervention, c’est la méthode employée qui a très vite cristallisé les tensions. En ratissant large, sans distinction entre suspects et simples spectateurs, l’opération a pris l’allure d’une rafle aveugle, provoquant l’indignation de la population et des défenseurs des libertés publiques.

Le désaveu radical de la hiérarchie

L’écho de cette nuit de tension est remonté avec une telle force que la réaction de la hiérarchie ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain, le couperet est tombé : le Commissaire Principal Baudelaire Segoh, Directeur Départemental de la Police Républicaine (DDPR) du Borgou, a été officiellement relevé de ses fonctions.Ce limogeage express ne laisse place à aucune ambiguïté. En sanctionnant le premier responsable de la sécurité du département, la Direction Générale de la Police Républicaine désavoue un mode opératoire jugé disproportionné. Ce n’est plus seulement la légitimité de l’opération qui est en cause, mais bien le « zèle » d’une police qui, en voulant traquer le crime, a fini par bousculer les droits fondamentaux des citoyens.

Le temps des excuses et de l’apaisement

Signe de la gravité de la situation, le Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique a pris la parole pour exprimer ses regrets. Présenter des excuses officielles après une opération de police est un geste rare, voire inédit, qui témoigne de la volonté de l’exécutif de calmer le jeu. Le message est clair : la traque des réseaux de cybercriminalité et des stupéfiants demeure une priorité, mais elle doit impérativement se faire dans le respect des procédures.Alors que le processus de libération des jeunes et de restitution des biens s’organise, cette affaire laisse derrière elle une ville meurtrie. Le départ de Baudelaire Segoh marque la fin d’un épisode tendu, mais il souligne le défi permanent d’une police républicaine qui doit protéger la population sans l’oppresser. Une enquête interne devra désormais faire toute la lumière sur les responsabilités de chacun dans ce fiasco sécuritaire.

Saliou Baguiri

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