Avalanche de contentieux devant la Cour Suprême : Au-delà de la DGE, le système électoral béninois à l’épreuve de ses propres limites

Alors que le modèle électoral béninois s’exporte avec succès, les récents couacs logistiques et l’accumulation des recours devant la Cour Suprême fissurent le tableau.Entre l’imbroglio de la mairie de Lalo et les incohérences de gestion des suffrages, c’est désormais tout l’édifice institutionnel qui est interrogé. À l’aube des élections générales de 2026, l’urgence n’est plus seulement à l’audit technique, mais à une réflexion profonde sur la fiabilité de notre logiciel démocratique. Le Bénin cultive avec soin son image de laboratoire de la démocratie numérique et administrative en Afrique de l’Ouest. Récemment encore, une délégation sénégalaise séjournait à Cotonou pour s’inspirer de l’ingénierie locale. Pourtant, derrière ce vernis diplomatique, la machine semble gripper. Si les législatives ont semblé fluides, le volet communal a ouvert une boîte de Pandore judiciaire. La Cour Suprême, submergée de recours, met en lumière des failles qui dépassent la simple erreur humaine. Le malaise est profond : dans plusieurs circonscriptions, des incohérences flagrantes dans la gestion des suffrages ont été relevées, jetant un doute sur la rigueur de la chaîne de compilation. Mais le véritable mal est ailleurs. Le chevauchement entre les résultats définitifs et l’installation des conseils communaux est devenu une plaie ouverte. Voir des élus installés, gérant les deniers publics, pour être finalement débarqués cinq jours plus tard après que le recours contre eux a prospéré, est un non-sens administratif. Ce « spectacle » d’élus révoqués en plein mandat révèle un couac systémique majeur : l’incapacité de notre architecture électorale à purger le contentieux avant la prise de fonction. Le cas rocambolesque de Lalo n’est pas qu’un accident de parcours de la Direction Générale des Élections (DGE) ; c’est le signe d’un système qui privilégie la précipitation de l’installation sur la certitude du droit. Pour des mandats de sept ans, une telle insécurité est un luxe que la stabilité de nos communes ne peut s’offrir. Dès lors, limiter la critique à la seule DGE serait une erreur de diagnostic. Certes, son fonctionnement mérite un audit sans concession pour identifier les brèches logistiques et informatiques. Mais l’urgence est plus vaste. C’est le cadre législatif et le timing entre le vote, la proclamation et l’entrée en fonction qu’il faut repenser. On ne peut prétendre à l’excellence technologique si la sécurité juridique des élus reste à la merci de procédures dont la lenteur finit par fragiliser la légitimité même des urnes.Certes, à peine deux mois avant la présidentielle de 2026, une refonte totale paraît peu réaliste. Cependant, l’immobilisme serait suicidaire. Si la DGE doit aujourd’hui se regarder dans le miroir, le législateur, lui, doit reprendre son ouvrage. Pour que le grand rendez-vous de 2026 ne soit pas une réplique des secousses communales, il faut plus qu’un réglage technique : il faut une volonté politique de restaurer la sacralité du suffrage, du bureau de vote jusqu’à la décision finale du juge. Mieux vaut réformer l’ensemble de la machine aujourd’hui que de subir une panne de légitimité demain.
Saliou Baguiri




