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Makoko : le « quartier béninois » de Lagos dévasté : Une onde de choc jusqu’à Sô-Ava et régions

C’est un géant de bois et de tôle qui s’effondre. Makoko, la célèbre cité lacustre de Lagos, subit une campagne de démolition d’une ampleur inédite. Mais derrière les images de décombres flottant sur la lagune, se joue un drame qui dépasse les frontières du Nigeria : c’est tout un poumon économique du Sud-Bénin que l’on est en train d’asphyxier.

L’agonie d’une cité historique

Sous le ciel de plomb de Lagos, le fracas des machines a remplacé le clapotis des pirogues. Le gouvernement de l’État de Lagos a tranché : pour laisser place à une métropole moderne et « assainie », Makoko doit disparaître. Pour les milliers de ressortissants béninois qui y vivent depuis des générations, principalement des communautés Goun et surtout Toffin et l’expulsion est brutale. Ce quartier n’était pas qu’un bidonville sur l’eau ; c’était un morceau de Bénin ancré en territoire nigérian, une enclave culturelle où le fon et le français résonnent au milieu du chaos urbain de la mégalopole.

Sô-Ava : le revers de la médaille

Si la destruction se passe à Lagos, c’est à Sô-Ava, au Bénin, que l’on commence à ressentir les premières secousses. Entre ces deux localités, il n’y a pas qu’une simple proximité géographique, il y a un flux vital. Makoko est, depuis des décennies, la principale « banque » de Sô-Ava. Les pêcheurs, les fumadrices de poisson et les commerçants de Makoko sont les premiers investisseurs de leur commune d’origine. Chaque mois, des millions de nairas sont convertis en francs CFA pour payer les frais de scolarité, construire des maisons en dur sur les rives du lac Nokoué ou financer des projets agricoles. En rasant Makoko, l’État de Lagos coupe net le cordon ombilical financier qui nourrit des milliers de familles béninoises.

Une crise sociale à double tranchant

Le traumatisme est double. Sur place, à Lagos, les familles dorment à même leurs pirogues, exposées aux intempéries et à l’insécurité. Mais le reflux a déjà commencé : des centaines de « retournés » arrivent à Sô-Ava, les mains vides.Cette main-d’œuvre, autrefois force motrice et fierté de la diaspora, revient dans une commune qui n’est pas prête à absorber un tel choc démographique. La pression sur les services sociaux, la santé et l’accès aux ressources de pêche sur le lac Nokoué risque de créer des tensions sans précédent.

Un silence qui interroge

Alors que les piliers de Makoko s’enfoncent dans la vase, l’inquiétude grandit sur l’inaction diplomatique. Peut-on laisser détruire un tel levier de développement sans réagir ? Makoko n’était pas qu’une curiosité touristique ; c’était une infrastructure économique informelle mais puissante. Sa chute est un rappel brutal de la vulnérabilité des communautés transfrontalières, sacrifiées sur l’autel d’un urbanisme qui oublie l’humain.Aujourd’hui, Sô-Ava regarde vers l’Est avec angoisse, car lorsque Makoko éternue, c’est une bonne partie du bas-Bénin qui finit par tousser.

Saliou Baguiri

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