CAN Maroc 2025/Bénin-Égypte Rééditer l’exploit de 2019 ou succomber face à l’Ogre ?

Le football a cette mémoire sélective qui, à la veille des grands rendez-vous, aime réveiller les fantômes de la gloire. Demain, alors que le Bénin s’apprête à disputer son quart de finale, le souvenir de l’épopée égyptienne de 2019 plane inévitablement au-dessus de Cotonou. À l’époque, les Guépards encore Écureuils avaient sidéré le continent en s’extirpant d’un groupe de fer composé du Ghana et du Cameroun, avant de faire tomber le géant marocain en huitièmes. Mais en football, le passé n’est jamais une garantie, et le défi qui se dresse demain devant les hommes de Gernot Rohr semble d’une tout autre complexité.
Un contexte radicalement différent
Sept ans plus tard, le décor a changé et les acteurs aussi. Si 2019 était le tournoi de l’insouciance, 2026 est celui de la maturité mise à rude épreuve. Face au Bénin se dresse l’Égypte de Mohamed Salah, un « Ogre » africain aux sept couronnes, dont la puissance de feu et l’expérience des sommets font figure d’épouvantail. Pour les Guépards, la donne est simple : il faudra franchir une montagne sans plusieurs de ses principaux guides.
Le casse-tête des absences
L’inquiétude majeure réside dans l’infirmerie et le registre des sanctions. Le capitaine Steeve Mounié, véritable phare de l’attaque et leader de vestiaire, même s’il est actuellement sous le feu des critiques, sera probablement absent, privant l’équipe de son principal point d’ancrage et de son jeu de tête dévastateur. À ce coup dur s’ajoute une certitude mathématique : la suspension de Rachid Moumini. Le jeune latéral, dont l’activité sur le flanc est l’un des moteurs de la défense béninoise, est contraint de rester en tribune pour cumul de cartons jaunes. Sans son capitaine et sans son piston droit, le Bénin avance avec une voilure réduite.
Entre audace tactique et survie honorable
Dès lors, quelle stratégie Gernot Rohr va-t-il sortir de son chapeau ? Le technicien franco-allemand est face à un dilemme cornélien. Faut-il jouer la carte de l’audace, demander à ses hommes de regarder les Pharaons dans les yeux et tenter de bousculer un adversaire qui n’aime pas être pressé ? C’est un pari romantique, mais extrêmement risqué compte tenu des absences.L’autre option, plus pragmatique, consisterait à ériger une forteresse. En fermant le jeu et en misant sur un bloc bas ultra-compact, le Bénin pourrait chercher une « sortie honorable », évitant ainsi la claque face à une armada égyptienne capable de punir le moindre espace. L’objectif serait alors d’étouffer le rythme de la rencontre, de frustrer Salah et ses coéquipiers, et de guetter l’unique étincelle ou la loterie des tirs au but, comme lors de ce fameux soir de 2019 face au Maroc.
Le moment de vérité
Demain, au-delà de la tactique, c’est le caractère de ce groupe qui sera testé. Sans leurs cadres, les Guépards devront puiser dans leurs réserves de solidarité pour prouver que l’exploit n’est pas qu’une question de noms sur une feuille de match, mais une affaire d’âme. Entre la quête d’un nouvel acte héroïque et la gestion d’un réalisme froid, le Bénin joue plus qu’une place en demi-finale : il joue le respect du continent face à la plus grande puissance du football africain.
Saliou Baguiri




