Législatives au Bénin : La course aux 20% et le pari risqué pour « Les Démocrates »

Le paysage électoral béninois pour les prochaines élections législatives est désormais gravé dans le marbre : la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA) a officiellement donné quitus définitif à cinq partis politiques qui seront en lice. Cette validation finale confirme la volonté politique de restreindre le champ des concurrents pour favoriser l’émergence de grands blocs solides,Cette tendance est initiée par les récentes réformes du Code Électoral. Mais au-delà de la simple participation, le véritable enjeu de ce scrutin réside dans l’application rigoureuse du seuil des 20% de suffrages exigibles par circonscription électorale pour obtenir la moindre représentation parlementaire.Face à cette règle, l’une des plus strictes de la sous-région, les stratégies des formations politiques divergent radicalement. D’un côté, on observe une majorité de partis, incluant les figures de la mouvance présidentielle comme l’Union Progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc Républicain (BR), qui ont opté pour l’accord de coalition. Ce choix est un acte de pragmatisme politique : en unissant leurs forces, ces alliances mutualisent leurs bases régionales et augmentent mathématiquement leurs chances de franchir cette barre fatidique dans l’ensemble des 24 circonscriptions du pays. Pour ces acteurs, la coalition est un filet de sécurité indispensable pour garantir leur survie institutionnelle.De l’autre côté se trouve le parti d’opposition « Les Démocrates » (LD), qui a choisi de s’engager seul dans la compétition. Cette démarche, bien que porteuse d’un message d’autonomie et de confiance dans sa propre force de mobilisation, comporte un risque majeur. Le parti LD ne pourra compter sur aucune possibilité autre que ses propres forces pour capter un cinquième des voix dans chaque circonscription. Le calcul est sans appel : un échec à atteindre les 20 % dans une seule zone, même avec un bon score national, entraînerait l’annulation de l’ensemble de ses voix pour la répartition des sièges et, par conséquent, l’impossibilité de faire élire le moindre député.En fin de compte, ces élections législatives ne sont pas seulement un décompte de bulletins ; elles sont un test décisif pour le système démocratique béninois. L’issue du scrutin déterminera si le seuil de 20 % parvient à stabiliser le paysage politique sans sacrifier le pluralisme. Le risque majeur soulevé par la candidature solitaire des Démocrates est celui d’une absence totale de voix d’opposition à l’Assemblée Nationale, renforçant l’hégémonie des blocs majoritaires et posant la question de la diversité des opinions au sein de l’organe législatif pour les années à venir.
Saliou BAGUIRI




