Politique

Prise en otage du peuple béninois dans une sempiternelle guéguerre : Talon et Yayi, un départ définitif impérieux de la politique béninoise

La scène politique béninoise est prise au piège d’une logique binaire et destructrice. Loin de représenter une opposition saine et démocratique, la rivalité obsessionnelle entre l’actuel chef de l’État, Patrice Talon et son prédécesseur, Thomas Boni Yayi, s’est muée en un axe contre-productif qui cristallise le débat politique et crée des clivages profonds tant au sein de la classe dirigeante que dans la société. Cet affrontement permanent est devenu un luxe que le Bénin ne peut plus se permettre.

La Bipolarité Toxique : Clivage et Stagnation

Cette bipolarité forcée est la principale source de l’asphyxie politique. Elle réduit l’échiquier national à une simple question d’allégeance. Êtes-vous « pro-Talon » ou « pro-Yayi » ? Cette simplification annihile toute nuance et empêche l’émergence d’une opposition constructive ou d’une troisième voie crédible.

La Cristallisation du Débat

Les questions d’intérêt national (sécurité, développement économique, éducation) sont systématiquement lues et interprétées à travers le prisme de la guéguerre personnelle. Chaque réforme ou chaque crise est immédiatement ramenée à un calcul tactique des deux camps, détournant l’attention des solutions réelles.

Les Clivages Sociaux et Politiques

La nécessité de choisir un camp fracture les partis politiques, où la loyauté au chef prime sur les idées. Mais plus grave encore, cette division pénètre la société béninoise, transformant les relations sociales en fonction des affinités politiques des deux figures, menaçant la cohésion nationale.En conséquence, au lieu de progresser, le Bénin navigue entre des phases de décrispation éphémères et des flambées de tension, le tout piloté par la volonté ou les humeurs de deux hommes dont la présence continue de monopoliser l’espace. C’est dans ce contexte que la nécessité d’un renouvellement institutionnel et générationnel devient urgente. *Le Sénat : Une voie de recyclage à reconsidérer* L’institutionnalisation prochaine du Sénat, prévue par les récentes réformes constitutionnelles, représente une occasion unique, mais aussi un risque de perpétuer cette hégémonie. Si la Chambre haute doit être un espace de sagesse et de modération, elle ne doit pas devenir une chambre de recyclage pour les acteurs qui ont polarisé le pays.Pour garantir une rupture franche et véritablement apaiser la vie politique, l’Assemblée Nationale devrait examiner l’institutionnalisation du Sénat avec une audace inédite. La proposition radicale serait d’adopter des dispositions légales visant à interdire aux anciens présidents dont le mandat a été marqué par de graves crises de siéger dans cette future institution, même en qualité d’anciens chefs d’État.Cela impliquerait, par exemple, de sanctionner symboliquement la bipolarité en écartant non seulement Patrice Talon et Thomas Boni Yayi (une fois leurs fonctions terminées ou leur statut d’anciens présidents acquis) mais également, comme le suggèrent certains observateurs, l’ancien Président Nicéphore Soglo. Cette mesure vise moins une punition qu’à libérer l’institution de l’ombre des figures tutélaires. Écarter ces figures permettrait de préserver la « santé » institutionnelle du Sénat, garantissant qu’il soit un véritable lieu de nouveaux consensus et non une arène prolongée pour les vieilles querelles. *Un appel à la rupture définitive* Le départ définitif de ces acteurs majeurs de la première ligne politique n’est plus une simple option, mais une nécessité impérieuse pour débloquer l’avenir. Le Bénin doit pouvoir se projeter vers une démocratie où les institutions et les programmes priment sur les hommes, et où les clivages générationnels remplacent les guéguerres personnelles. L’institutionnalisation du Sénat pourrait être le premier signal fort de cette volonté de rupture, offrant ainsi au peuple béninois le droit de sortir enfin de l’otage des querelles du passé.

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