CAN Féminine 2026 : Le Repêchage Controversé qui n’honore pas la CAF

La Confédération Africaine de Football (CAF) est au cœur d’une vive polémique après la publication d’une circulaire qui vient chambouler le tableau final des qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations Féminine 2026. Alors que les matches du deuxième et dernier tour qualificatif ont livré leur verdict, quatre nations éliminées — la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Mali et l’Égypte — ont été repêchées, suscitant une vague de frustration au sein du continent.
L’expansion Annoncée, la Formule Oubliée
La cause de cette confusion réside dans l’expansion décidée de la phase finale, passant de 12 à 16 équipes. Si cette résolution a été adoptée lors du Comité Exécutif de la CAF à Kinshasa le 5 octobre dernier, l’information cruciale concernant la répartition des quatre places supplémentaires n’a été détaillée aux fédérations que par une circulaire datée du 3 novembre, soit après la tenue des rencontres décisives du second tour.
Le critère retenu pour ce repêchage est le classement FIFA, favorisant ainsi les équipes les mieux classées parmi celles qui ont échoué au dernier obstacle. Ironiquement, ces nations étaient souvent exemptées du premier tour qualificatif en raison de ce même classement.
« C’est comme si t’es qualifié d’office sans même jouer les 2 tours qualificatifs. Et tu l’annonces une fois les matchs finis. »
Ce sentiment d’injustice est largement partagé par les observateurs et les pays concernés. Des équipes comme la Côte d’Ivoire, battue de justesse par le Sénégal, ou le Cameroun, éliminé par l’Algérie, retrouvent leur place dans la compétition sans avoir gagné leur duel sur le terrain, tandis que d’autres nations ayant fourni des efforts considérables dans les tours préliminaires voient leurs espoirs anéantis.
Le Cas du Bénin : Un Silence Forcé et la Question des Recours
Des nations comme le Bénin, dont les Amazones ont pourtant fait preuve d’une belle progression et d’une détermination sans faille dans les tours éliminatoires, se retrouvent grandes perdantes de cette formule tardive et arbitraire. Le sentiment d’iniquité est d’autant plus fort que ces équipes ont investi temps et ressources dans un processus qui, au final, a privilégié des critères historiques (le classement FIFA) au détriment des performances récentes sur le terrain. Face à cette situation, la possibilité de voies de recours pour les fédérations lésées demeure techniquement limitée. Un appel formel à la CAF ou au Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne nécessiterait de prouver une violation claire des règlements sportifs tels qu’ils étaient établis avant le début des éliminatoires. Cependant, l’annonce de l’expansion ayant été faite avant la fin des matchs (même si les critères l’ont été après), il est très difficile d’attaquer la décision sur le fond. Le recours devient dès lors principalement politique et médiatique, visant à faire pression sur la CAF pour l’adoption de règles plus justes et transparentes à l’avenir.
Le Dilemme de la CAF : Qualité contre Équité
Si la volonté de la CAF d’élargir le tournoi pour développer le football féminin et d’assurer la présence de « poids lourds » historiques est compréhensible (le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont des habitués), la méthode employée est vertement critiquée.
D’un côté, l’inclusion de ces quatre équipes garantit un plateau de meilleure qualité et potentiellement plus de visibilité pour la compétition.
De l’autre, la communication tardive et le recours à un critère extra-sportif a posteriori minent l’intégrité des qualifications. La compétition sur le terrain est marginalisée au profit d’un classement qui, bien que technique, ne reflète pas le mérite du moment.
En définitive, la CAF a fait un geste en faveur de la croissance du football féminin africain et de l’attractivité de sa vitrine, mais elle a lourdement manqué à son devoir de transparence et d’équité en annonçant les règles du jeu après la fin de la partie. Une leçon de gestion de crise et de communication qui devra être retenue pour les futures éditions.
Saliou BAGUIRI





