Le Ministre Seidou et les transfuges LD : Une pique opportuniste ou une vision à long terme ?

La récente réaffirmation par le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, Alassane Seidou, de la nouvelle disposition constitutionnelle sanctionnant la transhumance politique par la perte automatique du mandat, soulève un paradoxe troublant dans l’arène politique béninoise. Comment expliquer qu’un membre éminent de la mouvance présidentielle dénonce avec tant de fermeté un phénomène qui, dans un passé très récent, a servi à consolider la majorité au pouvoir ? La réalité est que le gouvernement a largement profité des ralliements d’élus, notamment issus du parti de l’opposition Les Démocrates (LD), pour renforcer sa position législative. Ces ralliements, ou transhumances, ont affaibli la capacité de l’opposition tout en assurant une stabilité confortable au bloc présidentiel. Dès lors, la déclaration de M. Seidou n’est pas qu’un simple rappel de la loi ; elle agit comme une manœuvre stratégique complexe. Elle permet d’abord un « nettoyage d’image » : en dénonçant le phénomène, le gouvernement donne un gage de moralité à sa réforme et prétend faire table rase des pratiques antérieures peu populaires. Le message adressé à l’opinion est que l’ère de l’opportunisme est révolue, dissociant les acquis du passé (les ralliements) des règles de discipline imposées pour l’avenir.Au-delà de l’image, la sortie ministérielle fonctionne comme un puissant outil de contrôle politique. D’une part, elle sert d’avertissement explicite et ferme aux membres internes de la mouvance – y compris aux transfuges LD fraîchement ralliés – qu’ils sont désormais prisonniers de la nouvelle législation. C’est une façon d’exiger une loyauté inconditionnelle et de prévenir toute velléité de dissidence future au sein du bloc au pouvoir, qui ne peut plus tolérer de fuites sans affaiblir sa propre légitimité. D’autre part, pour l’opposition, la déclaration est un coup de grâce rhétorique. Après avoir vu ses troupes partir, elle se retrouve désormais empêchée, par la loi, d’utiliser la même tactique pour se reconstruire. En figeant la configuration politique actuelle dans le marbre constitutionnel, les propos du Ministre Seidou ne font que souligner que la nouvelle législation a été idéalement conçue pour sécuriser et pérenniser les gains électoraux et les ralliements passés. L’enjeu est clair : sous couvert de moralisation de la vie publique et de stabilité institutionnelle, le gouvernement privilégie l’homogénéité politique, quitte à sacrifier la liberté de mouvement des élus et à interdire toute possibilité de recomposition politique dynamique.
Saliou BAGUIRI




