Politique

APAISEMENT POLITIQUE AU BÉNIN : DE LA TRÊVE LÉGALE AU CONTINUUM DE LA RÉCONCILIATION

Avec le parachèvement progressif de la nouvelle architecture institutionnelle du Bénin, le pays est désormais entré de plein fouet dans la période de trêve politique prévue par le cadre électoral. Pensée pour offrir une respiration républicaine et recentrer l’appareil d’État sur les chantiers prioritaires du développement, cette période ne doit toutefois pas être réduite à une simple parenthèse administrative.Elle appelle, au contraire, à un véritable continuum politique, capable de lui insuffler une substance plus consistante.Sur le plan institutionnel, l’installation récente du Sénat vient boucler la boucle des réformes. Au-delà de ses prérogatives constitutionnelles, cette haute chambre réussit déjà un pari symbolique majeur : réunir au sein d’un même creuset républicain des figures politiques aux trajectoires et aux positions parfois diamétralement opposées. Voir siéger ensemble des acteurs hier antagonistes prouve que le dialogue au sommet demeure possible et que nos institutions peuvent servir de havre à une concertation pacifiée.Cette dynamique de décrispation a d’ailleurs trouvé une illustration concrète sur le terrain républicain. La grâce présidentielle récemment accordée à Julien Kandé Kansou, cadre du parti d’opposition Les Démocrates, constitue un signal politique fort. Ce geste d’apaisement démontre à suffisance qu’il existe, au plus haut niveau de l’État, des leviers d’action et une volonté d’empathie institutionnelle pour retisser les liens distendus.Cependant, pour que cette trêve ne reste pas un effort a minima, le président de la République est aujourd’hui interpellé pour aller plus loin. Le parachèvement de la boucle institutionnelle doit s’accompagner d’un parachèvement humain et social. Cela passe inévitablement par une prise à bras-le-corps de la situation des exilés politiques et des hommes et femmes politiques encore aux prises avec la justice.Élargir le champ des grâces, favoriser le retour apaisé des fils et filles de la nation contraints à l’éloignement et refermer les plaies nées des récentes compétitions électorales ne relèvent pas de la faiblesse, mais de la haute responsabilité d’État.En transformant cette trêve légale en un chantier permanent de réunification du tissu social, le chef de l’État offrirait au Bénin la certitude que la paix politique n’est pas seulement l’absence de campagne électorale, mais bien une volonté partagée de construire ensemble.

Saliou BAGUIRI

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page